La Revue — Avant tout le monde.
Par Nathalie K29 juillet 2026


Tout commence en 1883, lorsqu’un banquier parisien, Édouard Hébert, fait sortir des dunes de Paramé un grand hôtel de cent quarante chambres et un casino. La station balnéaire vit ses belles années, puis la guerre transforme l’hôtel en hôpital, et il reste fermé près de vingt ans. En 1963, un médecin, le docteur Heger, y installe un centre de thalassothérapie. Le Grand Hôtel des Thermes rouvre en 1969, la famille Raulic reprend l’ensemble en 1981, et l’Aquatonic, premier parcours aquatique en eau de mer, naît en 1987.
Aujourd’hui, les Thermes occupent vingt-cinq mille mètres carrés, dont cinq mille consacrés aux soins, emploient près de cinq cents personnes et accueillent trente mille curistes par an. Le chiffre impressionne. Il dit aussi que l’on n’est pas dans une maison confidentielle, mais dans une institution qui a eu le temps d’apprendre.
La thalassothérapie repose sur une idée simple : l’eau de mer chauffée, les algues et le climat marin agissent sur le corps par la peau, par la respiration, par le mouvement. Ici, l’eau est pompée dans la baie, filtrée, chauffée à trente-cinq degrés. Les soins portent des noms que l’on apprend vite : le massage sous affusion, pratiqué sous une pluie d’eau de mer tiède ; l’enveloppement d’algues, qui chauffe et colle avant de laisser la peau étonnamment douce ; la douche sous-marine, un jet puissant que l’on aime ou que l’on supporte ; le bain hydromassant ; l’aquarelaxation, où l’on se laisse flotter dans une eau à température du corps.
L’Aquatonic, rénové en 2015, aligne cent quatre-vingt-quatorze jets et quatorze ateliers dans un bassin d’eau de mer. Les curistes y passent en accès libre entre deux soins. Des études menées avec l’INSEP et l’Institut de recherche biomédicale des armées ont mesuré des effets sur la souplesse, le sommeil et le stress après une semaine de cure. On peut discuter la portée de ces travaux. On ne discute pas ce que l’on ressent le troisième jour, lorsque les épaules descendent enfin.
On ne discute pas ce que l'on ressent le troisième jour, lorsque les épaules descendent enfin.
Ce qui a changé ces dernières années, c’est le vocabulaire des programmes. À côté des classiques remise en forme et minceur, les Thermes proposent une cure Mer & Ménopause Positive, pensée pour les femmes en périménopause ou en ménopause : six jours de soins, une consultation diététique, des massages du ventre, des enveloppements, de la marche nordique et du renforcement musculaire, prescrits par un médecin. La cure Mer & Capital Sommeil s’adresse à celles dont les nuits se sont raccourcies : vingt-quatre soins en six jours, une réflexologie crânienne, des conférences sur la nutrition et le sommeil. La cure Mer & Sérénité travaille le stress. Il existe aussi un programme pour les jeunes mères.
Que des établissements de cette taille nomment enfin la ménopause et la traitent comme un sujet de soin, et non comme une gêne, est en soi une évolution. Les cures de six jours coûtent entre 1 150 et 1 450 euros, hors hébergement. Une journée découverte de deux soins commence autour de 95 euros, pour celles qui veulent d’abord goûter.

« Trois jours suffisent à se détendre. Six jours changent quelque chose. »
Les journées s’organisent autour de trois ou quatre soins de vingt minutes chacun, le matin le plus souvent. Le reste du temps appartient à la curiste. Le Grand Hôtel des Thermes, cinq étoiles, communique directement avec le centre, peignoir autorisé dans les couloirs. Les hôtels partenaires, à cinq cents mètres, conviennent à celles qui préfèrent marcher et payer moins. Les deux restaurants, Le Cap Horn et La Verrière, proposent une carte diététique qui n’oblige à rien.
Les témoignages s’accordent sur l’essentiel : un personnel qui explique chaque soin, des cabines impeccables, une eau que l’on sent vraiment marine. Et sur les limites d’une grande maison : les couloirs sont longs, les chambres de l’hôtel peuvent manquer d’isolation, le petit-déjeuner n’est pas le moment fort. Trois jours suffisent à se détendre. Six jours changent quelque chose.
La cure a cet avantage : elle impose une ville. Et Saint-Malo hors saison est une chance. Les remparts se parcourent sans foule, en une heure, avec le vent, la mer de tous les côtés et le fort National que la marée découvre et recouvre. Les grandes marées de fin septembre à mi-novembre offrent, sur le Sillon, un spectacle que l’on regarde de la digue, jamais de la plage. Fin octobre, le village de la Route du Rhum s’installe sur les bassins avant le départ des skippers, le 1er novembre.
À cinq kilomètres, les rochers sculptés de Rothéneuf racontent l’obsession d’un abbé qui, de 1894 à 1907, tailla plus de trois cents figures dans le granit. En face, Dinard et ses villas se rejoignent en dix minutes par le bus de mer, jusqu’à début novembre. À une demi-heure, Cancale vend ses huîtres sur le port, et la pointe du Grouin est déserte. Les tables intra-muros, plusieurs étoilées, servent le soir des curistes affamées.



L’adresse
Les Thermes Marins de Saint-Malo
Centre de thalassothérapie face à la plage du Sillon, relié au Grand Hôtel des Thermes. Ouvert toute l'année, cures de six jours et courts séjours.
Nathalie KRédactrice en cheffeReportage par © Nathalie K - Enjoyeuse, magazine féminin
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