La Revue — Avant tout le monde.
Par Nathalie K4 octobre 2026

Entourée de remparts construits au XIIe siècle, la Médina représente le cœur historique de la ville et concentre une grande partie de ce qui fait son caractère : les souks, les palais, les anciennes demeures, les petites places, les ateliers et les passages où l’on avance souvent sans savoir exactement ce qui se trouve quelques mètres plus loin.
La place Jemaa el-Fna change d’atmosphère au fil des heures. Plus calme dans la journée, elle se transforme lorsque le soleil descend et que la ville commence à sortir de la chaleur. Les odeurs de cuisine, les conversations, les étals et l’animation donnent alors à la place une énergie très particulière.

Quelques minutes peuvent suffire pour passer du bruit des souks à un espace où dominent les arbres, l’ombre et le murmure de l’eau. Cette présence de la végétation n’est pas anecdotique dans la culture marocaine. Les jardins traditionnels sont pensés comme des lieux de fraîcheur et de repos, et Marrakech possède plusieurs endroits où cette relation entre architecture et nature est particulièrement visible.
Le Jardin Majorelle est évidemment le plus connu. Son bleu intense, ses plantes exotiques et son architecture en ont fait l’un des lieux emblématiques de la ville. Mais l’intérêt des jardins de Marrakech ne se résume pas à leur esthétique. Ils rappellent quelque chose d’assez essentiel dans la manière dont la ville se vit. Lorsqu’il fait chaud, l’ombre devient un luxe, le végétal devient un refuge et quelques degrés de moins peuvent changer complètement la façon de passer une après-midi.
La ville offre d’ailleurs aujourd’hui de nombreuses expériences autour des jardins, de l’art et de la nature, tandis que de nouveaux espaces cherchent à faire dialoguer création contemporaine et environnement.
Cette alternance entre espaces ouverts et lieux protégés donne à Marrakech un rythme particulier. On marche beaucoup, puis on s’arrête. On passe du soleil à l’ombre, du bruit au silence, de la rue à un jardin intérieur.
Derrière des murs relativement discrets se découvrent des cours, des jardins, des décors travaillés et cette succession d’espaces qui caractérise l’architecture traditionnelle marocaine.
À Marrakech, la décoration n’est jamais très loin de l’artisanat. Les motifs se répètent, les surfaces sont travaillées, les matières sont choisies pour leur texture autant que pour leur apparence. C’est aussi ce qui explique pourquoi la ville continue d’inspirer autant les décorateurs et les créateurs contemporains.
Dans les riads, cette influence se retrouve partout comme dans une cour centrale, quelques plantes, une fontaine, des murs travaillés, des tissus et des objets choisis avec soin. Le riad n’est pas simplement un type d’hébergement. Il constitue une manière d’habiter la ville, en se protégeant de son agitation extérieure tout en restant au cœur de la médina.

À Marrakech, la gastronomie fait naturellement partie du voyage. Elle mérite d’être découverte sans chercher uniquement les tables les plus sophistiquées.
La cuisine marocaine est le résultat d’influences multiples, notamment amazighes, arabes, juives et andalouses. Tajines, couscous, pastilla ou tanjia marrakchia racontent une histoire culinaire faite d’épices, de cuissons lentes, de produits simples et d’associations entre le sucré et le salé.
Le repas marocain possède aussi une dimension sociale importante. Il se partage, se prolonge, se transmet. La cuisine familiale occupe encore une place centrale dans cette culture gastronomique, tandis que les chefs contemporains travaillent aujourd’hui à faire évoluer les traditions sans nécessairement les effacer.
Un déjeuner peut alors devenir une véritable parenthèse. Une salade marocaine, quelques légumes parfumés, un tajine servi directement dans son plat, du pain encore chaud, des fruits et un thé à la menthe peuvent suffire à donner au repas une place centrale dans la journée.
Le thé mérite lui aussi que l’on s’y attarde. Plus qu’une boisson, il participe à l’hospitalité marocaine et accompagne les moments où l’on se retrouve. À Marrakech, prendre le temps de boire un thé sur une terrasse, avec les toits de la médina autour de soi, est presque une manière de comprendre la ville.
Prendre le temps de boire un thé sur une terrasse, avec les toits de la médina autour de soi, est presque une manière de comprendre la ville.
Ce qui reste souvent le plus longtemps après un séjour à Marrakech, ce sont les couleurs. Le rouge et l’ocre des murs d’abord, qui donnent à la ville une unité visuelle rare. Puis le vert des jardins, le bleu des portes et des carreaux, les jaunes et les oranges des épices, les couleurs plus sourdes des tapis et des textiles.
La lumière transforme constamment cette palette. Le matin, les façades peuvent sembler presque roses. En milieu de journée, elles prennent une teinte plus éclatante. En fin d’après-midi, lorsque le soleil descend, la ville se couvre de nuances plus profondes.
Cette lumière explique aussi pourquoi Marrakech est une ville qui se prête autant à la photographie, à la décoration et à la création. Elle donne du relief aux matières les plus simples.
Mais derrière cette esthétique très présente, il y a surtout une manière de vivre avec les couleurs. Elles ne sont pas réservées aux beaux objets. Elles sont dans les marchés, les vêtements, les fruits, les façades, les jardins et les tables.



« Marrakech ne ralentit pas parce qu’elle serait silencieuse ou immobile. Elle ralentit parce qu’elle invite à modifier son attention. »
On pourrait croire qu’une ville aussi animée ne peut pas être une destination pour ralentir. C’est pourtant l’un de ses paradoxes.
Marrakech ne ralentit pas parce qu’elle serait silencieuse ou immobile. Elle ralentit parce qu’elle invite à modifier son attention. Regarder un artisan travailler demande du temps. S’attarder dans un jardin aussi. Déjeuner sans regarder l’heure, marcher dans la médina, s’installer sur une terrasse au coucher du soleil ou prendre un hammam sont autant de manières de sortir momentanément d’un quotidien organisé autour de l’efficacité.
Le hammam occupe une place particulière dans la culture marocaine. Le soin du corps y prend une dimension plus large que celle d’un simple moment de détente. On y retrouve cette idée d’un temps consacré au corps, à la chaleur, à l’eau et au repos.
Il y a finalement plusieurs Marrakech. Celle des palais et des jardins, celle des souks et des artisans, celle des grandes tables et des petits restaurants, celle des riads cachés derrière leurs portes, celle des terrasses où l’on regarde tomber le jour et celle des quartiers plus contemporains où la ville continue d’évoluer.
C’est cette diversité qui empêche Marrakech de se réduire à une image de carte postale. La ville est touristique, évidemment, mais elle reste aussi une ville habitée, travaillée, créée et transformée chaque jour.
Son charme tient peut-être précisément à cette capacité à faire cohabiter plusieurs temporalités. Les savoir-faire anciens existent encore, tandis que de nouvelles adresses, de nouveaux créateurs apparaissent.
Marrakech offre ainsi autre chose qu’un simple dépaysement. Elle propose une parenthèse où les sens reprennent une place importante : regarder les couleurs, sentir les épices, écouter la ville, goûter une cuisine différente, prendre soin de soi et se laisser surprendre.
Nathalie KRédactrice en cheffeReportage par © Nathalie K - Enjoyeuse, magazine féminin
La Revue #01
Six femmes, six histoires.
Leurs chemins, leurs choix, leurs fêlures : des récits de vie confiés sans filtre.
découvrir
La lettre
Restons en contact.
Les nouveaux articles et les rendez-vous de la rédaction, directement dans votre boîte de réception.
Précommandes de La Revue, reportages en avant-première, nouveautés.
Pour enregistrer vos prochaines lectures, créez un compte gratuitement ou connectez-vous.