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Éloïse Urbain, le mouvement comme nouvelle vie

Par Nathalie K1 septembre 2026

Éloïse Urbain en posture inversée sur une chaise, photographie en noir et blanc, format paysage
Crédit photo © My Graceful Yoga (extension IA)
Après plusieurs années dans la gestion de fortune à Genève, Éloïse Urbain a choisi de changer de vie pour revenir à ce qui l’a toujours animée : le mouvement. Aujourd’hui professeure de yoga et créatrice de son propre concept de yoga danse, elle accompagne les femmes à travers une pratique qui mêle force, fluidité, élégance et confiance en soi.

Une femme en mouvement

Avant le yoga, il y avait déjà le mouvement. Éloïse a pratiqué de nombreuses disciplines sportives, de la boxe au fitness, en passant par les cours de renforcement musculaire, mais aussi plusieurs années de danse classique, moderne et jazz. Le corps en mouvement a toujours fait partie de son quotidien, comme un besoin presque naturel de se dépenser, de se sentir vivante et de trouver dans l’activité physique un équilibre.

Le yoga arrive pourtant dans sa vie de manière assez inattendue. À la suite d’une opération des deux pieds, elle se retrouve contrainte de mettre temporairement entre parenthèses tout ce qui constituait jusque-là son quotidien sportif. Pour quelqu’un habitué à bouger beaucoup, l’arrêt est difficile à vivre. Elle cherche alors une autre façon de continuer à faire travailler son corps et découvre le yoga, seule, grâce à des vidéos.

Elle en avait jusque-là une image assez éloignée de ce qu’elle allait réellement découvrir. « J’avais une fausse idée du yoga », raconte-t-elle. Elle commence pourtant à pratiquer régulièrement et se prend rapidement au jeu. Son passé sportif l’aide à comprendre les postures et les mécanismes du corps, mais quelque chose d’autre s’installe progressivement : une attention différente au mouvement, plus précise, plus intérieure, et surtout plus fluide.

À cette époque, Éloïse travaille encore dans la gestion de fortune à Genève. Un univers exigeant, rythmé par la pression et les apparences, dans lequel elle finit par ne plus se reconnaître. Elle a alors le sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas exprimer ce dont elle est réellement capable. Après plusieurs années dans cet environnement, elle décide de tout arrêter, sans savoir encore exactement ce qui viendra ensuite.

Elle ne quitte pas la banque pour devenir professeure de yoga. Elle quitte surtout une vie qui ne lui correspond plus.

« J'avais une fausse idée du yoga. »

Éloïse Urbain

Le hasard d'une reconversion

La suite commence presque par hasard, à la faveur d’un malentendu avec son compagnon. Éloïse lui avait parlé de son envie de découvrir une autre forme de yoga, un cours un peu différent, sans imaginer qu’il comprendrait qu’elle souhaitait peut-être se former pour devenir professeure.

Lorsqu’il lui parle d’une formation, elle se rend compte qu’elle pourrait aimer enseigner.

Quelques jours plus tard, une amie lui demande justement de donner des cours à un petit groupe de femmes. Elle n’est pas encore formée, mais le groupe l’encourage à essayer. Elle commence ainsi presque naturellement, avant même d’avoir véritablement décidé d’en faire son métier.

Elle se forme ensuite pour acquérir les bases nécessaires et donner un cadre professionnel à ce qui était jusque-là une pratique personnelle. Quelques mois seulement après avoir quitté son emploi, elle commence à enseigner.

Le passage d’un univers à l’autre est radical. D’un côté, la gestion de fortune, les bureaux genevois, la pression et un milieu où le paraître occupe une place importante; de l’autre, une salle, des femmes, des corps qui bougent et une relation beaucoup plus directe avec les personnes qu’elle accompagne.

Éloïse ne regrette pas ce virage. Elle parle même d’avoir le sentiment d’avoir « repris le pouvoir » sur sa vie. Pour la première fois depuis longtemps, elle a l’impression d’être pleinement à sa place.

Puis la danse est revenue

Quelques mois après ses débuts, pendant les vacances d’hiver, elle se retrouve seule dans sa salle. Une musique passe et lui donne envie de créer une chorégraphie. Elle commence à mélanger des mouvements de danse avec des postures de yoga, en cherchant des enchaînements fluides et élégants.

Le résultat lui plaît. Elle se filme, envoie la vidéo à ses élèves. Leur retour est enthousiaste. C’est ainsi que naît progressivement son concept de yoga danse.

Le principe peut sembler simple, mais Éloïse lui donne une identité très personnelle. Il ne s’agit pas seulement de laisser les élèves improviser sur une musique, comme cela peut se faire dans certaines pratiques de yoga danse. Elle construit de véritables chorégraphies, comme dans un cours de danse, auxquelles elle intègre des postures de yoga, du renforcement et un travail très précis sur les lignes du corps.

Son passé de danseuse nourrit naturellement cette approche. Elle aime les détails, la position du pied, la fluidité d’un passage, l’élégance d’un mouvement et cette façon de travailler le corps jusque dans sa précision.

Créer lui vient d’ailleurs assez naturellement. Éloïse est aussi pianiste et a toujours aimé imaginer, composer. La création n’est donc pas arrivée par hasard dans ses cours. Elle faisait déjà partie de sa manière d’être.

Aujourd’hui, ses chorégraphies se multiplient, ses élèves participent à des spectacles et elle commence à présenter son travail lors d’événements et sur scène. Ce qui avait commencé dans une petite salle pendant des vacances est devenu une véritable discipline qu’elle continue de développer.

Éloïse Urbain en grand écart sur son tapis de yoga, souriante, dans une salle aux murs de pierre
Éloïse Urbain, grand écart dans une salle aux murs de pierre : la force sous la grâce.Crédit photo © My Graceful Yoga

Redonner aux femmes confiance en leur corps

Mais derrière le yoga danse, il y a surtout une intention qui dépasse largement la pratique sportive.

En donnant ses premiers cours de yoga, Éloïse fait un constat qui la touche profondément. Beaucoup de femmes sont extrêmement dures avec elles-mêmes. Elles manquent de confiance, se critiquent, se jugent physiquement et finissent parfois par se déconnecter complètement de leur corps.

Certaines ont consacré tellement de temps à leurs enfants, à leur travail ou à leur famille qu’elles ont perdu l’habitude de se demander simplement ce qu’elles ressentent. C’est précisément là que son travail prend du sens.

Éloïse souhaite que ses cours permettent aux femmes de retrouver une relation plus positive avec leur corps, non pas en cherchant à correspondre à une image, mais en redécouvrant ce qu’elles sont capables de faire.

Elle raconte notamment que certaines de ses élèves refusent d’abord d’être filmées. Elles ne se trouvent pas suffisamment bien, n’aiment pas leur image ou ne se sentent pas légitimes pour apparaître dans une vidéo. Puis, après avoir réalisé une chorégraphie, elles se voient autrement. Certaines finissent par accepter d’être filmées, de publier des images ou de participer à un spectacle.

Une femme qui ose regarder son corps avec davantage de bienveillance peut aussi commencer à reprendre sa place, à s’autoriser davantage et à retrouver une confiance qu’elle avait parfois perdue.

Une femme qui ose regarder son corps avec davantage de bienveillance peut aussi commencer à reprendre sa place.

La grâce n'empêche pas la force

Le yoga danse d’Éloïse repose aussi sur un équilibre entre douceur et puissance. Les mouvements sont gracieux, mais le travail physique est réel.

Elle insiste beaucoup sur le renforcement musculaire, la souplesse et la fluidité, mais aussi sur la manière de passer d’une posture à une autre. Une jambe que l’on cherche à allonger jusqu’à la pointe du pied demande un engagement musculaire précis; un mouvement qui paraît léger peut nécessiter beaucoup de contrôle.

Cette attention au détail permet aussi aux élèves de progresser. Certaines pratiquent déjà le yoga depuis plusieurs années et constatent pourtant qu’elles découvrent une autre manière de travailler leur corps avec le yoga danse.

Éloïse adapte également ses cours aux différents niveaux. Elle tient particulièrement à ce que personne ne se fasse mal et refuse l’idée d’un enseignement où l’on pousserait les corps au-delà de leurs possibilités. Une chaise peut être utilisée pour adapter une posture, une personne débutante peut suivre le cours sans avoir le niveau d’une danseuse, et chacune doit pouvoir trouver sa place.

Éloïse Urbain en posture inversée sur une chaise, photographie en noir et blanc
Posture inversée sur une chaise : le corps en mouvement, en noir et blanc.Crédit photo © My Graceful Yoga

Une nouvelle vie entre France et Suisse

Aujourd’hui, Éloïse partage son activité entre la France et la Suisse. Elle a aménagé chez elle, côté français, une salle où elle donne plusieurs cours chaque semaine et développe également son activité dans le bassin genevois, où elle intervient dans différents lieux.

L’été, certains cours peuvent même sortir des studios pour rejoindre les parcs genevois lorsque les conditions le permettent. Elle aime cette possibilité de faire évoluer la pratique en fonction des lieux et des saisons.

Son emploi du temps est désormais bien rempli, avec environ dix-sept heures de cours par semaine, auxquelles s’ajoutent la préparation des chorégraphies, l’organisation des événements et le développement de son activité.

Cette fois, le rythme soutenu ne lui pèse pas de la même manière. Elle travaille beaucoup, mais dans un univers qu’elle a choisi et qu’elle construit elle-même.

Entre la France et la Suisse, elle a créé deux entreprises et assume pleinement cette dimension entrepreneuriale. Éloïse ne se contente pas de donner des cours. Elle imagine des concepts, organise des événements, développe des spectacles et cherche constamment de nouvelles façons de faire évoluer son activité.

Mains de femme jouant sur un piano ancien, pull beige, gros plan
Le piano, l'autre instrument d'ÉloïseCrédit photo © Freepik

Oser changer de vie

Deux ans après ses débuts, Éloïse mesure le chemin parcouru. La reconversion est encore récente, mais elle a déjà construit une activité qui lui ressemble, avec ses propres cours, son concept de yoga danse, ses événements et ses projets.

Elle reconnaît que ce changement aurait été plus difficile sans le soutien de son entourage. Son compagnon, ses enfants et sa famille l’ont encouragée dès le départ et continuent de croire en son projet.

Elle ne présente pas pour autant la reconversion comme quelque chose de facile. Quitter un emploi stable pour créer sa propre activité demande du courage, mais aussi d’accepter une part d’incertitude. Pour une femme qui souhaite se lancer, elle considère que l’entourage joue un rôle important. On peut entreprendre seule, mais être soutenue change beaucoup de choses.

Elle n’avait pas prévu de devenir professeure de yoga. Elle n’avait pas imaginé créer un concept de yoga danse. Elle ne savait pas, lorsqu’elle a quitté la banque, où cette nouvelle vie allait la mener. Elle a simplement commencé à suivre ce qui lui ressemblait davantage.

Continuer à avancer

Éloïse n’envisage pas pour autant son parcours comme terminé. Elle aimerait notamment approfondir sa formation en yoga danse, obtenir une certification qui lui permettrait de donner encore plus de crédibilité à son concept et de développer éventuellement de nouveaux partenariats.

Cette envie d’apprendre correspond finalement à ce qui traverse toute son histoire : le mouvement.

Elle l’a cherché dans le sport, puis dans la danse, découvert autrement dans le yoga et transformé en métier. Elle le transmet aujourd’hui à des femmes qui, chacune à leur manière, cherchent elles aussi à retrouver quelque chose qu’elles avaient parfois perdu.

Une souplesse, une force, une confiance, une sensation de légèreté ou simplement le plaisir de bouger.

Éloïse a quitté un univers professionnel dans lequel elle ne se reconnaissait plus pour construire une activité qui rassemble finalement toutes les parts de son parcours : le sport, la danse, la musique, la création, le goût de transmettre et cette envie très personnelle de remettre le corps au centre.

Aujourd’hui, dans ses salles de France et du bassin genevois, Éloïse ne transmet donc pas seulement des postures ou des chorégraphies. Elle invite les femmes à reprendre possession de leur corps, à se regarder autrement et à retrouver, dans le mouvement, une part d’elles-mêmes.

Nathalie KNathalie KRédactrice en cheffeReportage par © Nathalie K - Enjoyeuse, magazine féminin

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