La Revue — Avant tout le monde.
Par Nathalie K15 septembre 2026

Avant même d’en faire son métier, Muriel Brunier a grandi avec le goût des récits et des images.
Née au Brésil, elle a vécu en France et en Norvège et s’est très tôt passionnée pour le cinéma et l’écriture. Son parcours de formation l’a d’abord conduite vers le journalisme, puis vers la réalisation à l’ESEC, avant de poursuivre son travail autour de l’écriture scénaristique. Elle passera ensuite une dizaine d’années comme assistante-réalisatrice, notamment sur des plateaux de télévision, des émissions en direct, des films et des projets très différents les uns des autres.
Cette expérience des plateaux lui a permis de découvrir le cinéma de l’intérieur, avec tout ce qu’il comporte de technique, de collectif et d’imprévisible. Mais il y avait déjà cette envie plus personnelle : raconter. Écrire des personnages. Imaginer leurs failles, leurs contradictions, leurs silences. Chercher ce qui se passe derrière une situation en apparence banale, observer les êtres au moment où quelque chose bascule.
C’est sans doute ce qui traverse son travail depuis le début. Ses personnages ne sont jamais simplement là pour faire avancer une intrigue. Ils semblent plutôt chercher leur place dans un monde qu’ils ne comprennent pas toujours, avec cette fragilité particulière qui apparaît lorsque l’on se trouve à un moment de transition.
Muriel est attirée par les personnages qui se trouvent entre deux âges, deux états, deux façons de regarder le monde.
Léonard, le personnage principal de La Chaleur, en est une illustration particulièrement forte. Adolescent en vacances dans un camping des Landes, il traverse ses premiers désirs, ses premières émotions et le vertige du passage vers l’âge adulte. Il observe beaucoup, ressent énormément, mais peine encore à comprendre ce qui se transforme en lui.
C’est précisément cette contradiction qui a touché Muriel Brunier. Elle aime les personnages sensibles, ceux qui ne correspondent pas nécessairement aux représentations attendues, ceux qui semblent parfois étrangers au monde qui les entoure alors même qu’ils en perçoivent chaque détail.
Dans son cinéma comme dans son travail théâtral, cette attention portée à l’intériorité occupe une place importante. Les décors naturels, les atmosphères, les silences et les corps deviennent alors aussi importants que les dialogues.
Pour Muriel Brunier, réaliser ne consiste pas simplement à mettre en images une histoire déjà écrite.
C’est créer un univers. Choisir ce que le spectateur va voir, mais aussi ce qu’il ne verra pas. Décider quand laisser durer un silence, quand se rapprocher d’un visage, quand faire parler un décor ou une lumière. Tout ce qui paraît parfois invisible participe à raconter.
Son travail de réalisatrice s’est construit autour de cette recherche d’une écriture visuelle capable de faire ressentir autant que de raconter. Ses courts-métrages explorent notamment des histoires intimes, des personnages confrontés à leurs propres failles et des univers où le réel peut parfois glisser vers quelque chose de plus trouble.
Cette manière de travailler explique aussi pourquoi elle accorde autant d’importance au collectif.
Un film ne se construit jamais seul. Il faut une équipe, des comédiens, une scénographie, une lumière, un son. Il faut savoir écouter les propositions, défendre une vision, parfois changer d’idée. C’est une forme de création qui demande à la fois de savoir diriger et de savoir faire confiance.

Avec La Chaleur, Muriel Brunier a franchi une nouvelle étape en passant de l’autre côté du théâtre.
Elle aurait pu rester fidèle au roman de Victor Jestin. Elle a choisi de l’adapter véritablement, en s’autorisant à déplacer certains éléments, à développer des personnages et à en transformer d’autres. La mère de l’un des personnages prend ainsi davantage de place, tandis que certains protagonistes du roman disparaissent. Le lapin, lui, devient une figure plus mystérieuse, presque inquiétante.
Cette liberté raconte beaucoup de sa manière de créer. Adapter n’est pas reproduire.
C’est comprendre ce qui fait la force d’une œuvre puis chercher comment cette force peut exister dans un autre langage.
Au théâtre, elle découvre aussi quelque chose qui lui est particulièrement cher : l’esprit de troupe. Les comédiens dans les loges avant le spectacle, les réglages avec la régie, les décors à monter, les derniers échanges avant l’entrée en scène. Tout ce travail collectif, très concret, presque artisanal, lui rappelle que la création peut aussi être une aventure humaine.

Adapter n'est pas reproduire.
Muriel Brunier revendique un « regard féminin et engagé ».
Mais plutôt que de transformer cette expression en manifeste, elle l’inscrit dans les personnages qu’elle choisit de mettre en lumière.
Dans La Chaleur, elle fait notamment du personnage de Luce une incarnation du désir féminin. Face à elle, Léonard explore une sensibilité adolescente qui échappe aux clichés habituels de la masculinité. Entre les deux, le personnage du lapin devient une représentation plus symbolique de la conscience et de cette part d’enfance que l’on enfouit parfois en grandissant.
Ce qui l’intéresse, finalement, est peut-être moins de donner des réponses que de poser des questions.

Muriel Brunier ne conçoit pas la création comme un territoire fermé.
Le cinéma nourrit le théâtre. Le théâtre nourrit peut-être à son tour le cinéma. La poésie, la danse, la sculpture, la littérature peuvent aussi venir enrichir un regard de réalisatrice.
Elle aime cette idée que les artistes ne devraient pas nécessairement rester dans une seule case.
C’est probablement ce qui explique son intérêt pour les premiers romans, les nouvelles écritures et les univers singuliers. Lorsqu’elle découvre La Chaleur en librairie, quelque chose l’attire immédiatement. Le titre, le résumé, les premières lignes, puis cette histoire d’adolescent confronté à ses premiers émois dans un camping des Landes. Elle y reconnaît des éléments proches de son propre univers : des personnages solitaires, une nature très présente, une atmosphère à la fois poétique et inquiétante.
Créer, pour elle, semble ainsi commencer par regarder. Être attentive à une personne, à une lumière, à une phrase, à un livre posé sur une table, à une émotion que l’on ne comprend pas encore.
Aujourd’hui encore, Muriel Brunier avance avec cette même curiosité.
Son parcours ne semble pas construit autour d’un seul objectif atteint, mais autour d’une succession de portes qu’elle choisit d’ouvrir. Le cinéma, l’écriture, le théâtre, la transmission, autant de manières de continuer à raconter et à regarder le monde.
Après La Chaleur, elle rêve déjà d’un nouveau défi : mettre en scène Roméo et Juliette. Elle en imagine même déjà la scénographie et le casting.
Ce rêve dit quelque chose d’elle. Parce qu’après avoir travaillé sur une histoire contemporaine, intime et singulière, elle se tourne vers l’un des textes les plus connus de la littérature théâtrale. Comme si les grands classiques pouvaient eux aussi être réinventés, regardés depuis notre époque, avec un autre regard.
C’est peut-être cela, au fond, qui définit le mieux Muriel Brunier. Cette envie de ne jamais considérer une histoire comme définitivement racontée.
Nathalie KRédactrice en cheffeReportage par © Nathalie K - Enjoyeuse, magazine féminin
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Six femmes, six histoires.
Leurs chemins, leurs choix, leurs fêlures : des récits de vie confiés sans filtre.
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