La Revue — Avant tout le monde.
Par Nathalie K7 août 2026


Megève n’est pas née station. C’est un village de l’ancien duché de Savoie, autour d’une église dont une partie remonte au XIIIe siècle et dont le clocher à bulbe domine la place. Les Rothschild en ont fait, dans les années 1920, la première station de ski française pensée comme telle. Mais la trame du bourg, ses ruelles, son marché du vendredi matin, ses fermes dispersées sur les pentes, lui préexistent.
À l’automne, la télécabine du Mont d’Arbois s’arrête début septembre et le village vit au ralenti jusqu’aux premières neiges. Les hôtels les plus grands ferment leurs portes, les restaurants d’altitude aussi. Ce qui reste, c’est l’essentiel : les forêts qui prennent leurs couleurs, les châtaignes et les champignons, les lacs, le Palais avec sa piscine et son spa ouverts toute l’année, et un marché qui vend des reblochons, du miel et des textiles sans attendre les vacances.
Le plus beau chemin de Megève part du centre du village et monte en une heure. Le chemin du Calvaire a été créé au XIXe siècle par Ambroise Martin, curé de la paroisse de 1820 à 1863, qui voulait offrir à ses paroissiens une Jérusalem à leur portée. Quinze chapelles et oratoires jalonnent la montée, avec des statues de bois peint à taille humaine, des fresques et des trompe-l’œil. Restauré au début des années 2000 et classé monument historique, il se parcourt librement toute l’année.
Ce n’est pas une randonnée. C’est une promenade pour laquelle on prend son temps, entre les sapins, avec le village qui s’éloigne et le mont Blanc qui apparaît dans l’échancrure.
Ce n'est pas une randonnée. C'est une promenade pour laquelle on prend son temps.
Quand la télécabine ferme, le Mont d’Arbois se gagne à pied. La boucle qui mène au Mont Joux, à près de deux mille mètres, demande un peu moins de quatre heures et six cent soixante-dix mètres de dénivelé. Elle passe par les alpages de Tornay, l’une des dernières fermes d’altitude encore exploitées, et offre au sommet une table d’orientation face au mont Blanc, aux Aravis et à la vallée de l’Arve. En septembre et en octobre, on croise des vaches, quelques marcheurs, et presque personne.
Les forêts qui descendent vers le lac de Javen et le Jaillet se prêtent au vélo à assistance électrique. Les cascades de la Belle au Bois, les hameaux de fermes anciennes et les chapelles baroques des vallées voisines complètent un territoire que l’on parcourt à son rythme. Le Sentier du Baroque, vingt kilomètres entre Combloux et Notre-Dame-de-la-Gorge, aux Contamines, enchaîne dix églises et chapelles aux retables dorés ; il se fait en deux fois et reste ouvert en toute saison.
Les Fermes de Marie sont nées en 1989 de mazots et de chalets savoyards démontés pièce par pièce par Jocelyne et Jean-Louis Sibuet. Soixante-dix chambres et suites, un spa de mille mètres carrés autour de la marque Pure Altitude, deux restaurants, et une atmosphère de maison familiale que la génération suivante, Marie et Nicolas Sibuet, entretient depuis 2011. En été et en automne, les tarifs descendent nettement, à partir d’un peu moins de deux cents euros la chambre, et l’on y vit presque comme dans une ferme qui aurait le confort d’un hôtel.
Le Four Seasons Megève, sur les pentes du Mont d’Arbois, a obtenu en juin 2026 la distinction Palace, la première du village. Il ferme à la mi-septembre pour rouvrir à la mi-décembre, mais sa saison d’été vaut d’être connue : un dôme de bois installé dans les alpages pour le yoga, la méditation et les bains sonores, un spa de neuf cents mètres carrés, une piscine intérieure-extérieure à vingt-huit degrés et une cuisine de brasserie signée d’un ancien chef de La Dame de Pic. L’hôtel avait, en 2022, mis le mot « pleine conscience » sur ses programmes d’été. Le mot a disparu de ses brochures, la pratique est restée.
Les Flocons de Sel, le restaurant trois étoiles d’Emmanuel Renaut, a rouvert en décembre 2025 après une rénovation complète : suites panoramiques, mazots, spa et piscine intérieure. Le chef y travaille le gibier, les champignons, les poissons du Léman. La maison ferme en novembre.

« Megève sans la neige n’est pas un Megève au rabais. C’est un village qui a enlevé ses décorations et qui se laisse regarder tel qu’il est. »
Si l’on devait choisir une semaine, ce serait la mi-octobre. Depuis 2018, Toquicimes réunit à Megève, pendant trois jours et gratuitement, les chefs de la cuisine de montagne. L’édition 2026, du 16 au 18 octobre, annonce Éric Frechon, Guy Savoy, Marc Veyrat, René Meilleur ou Nadia Sammut autour d’Emmanuel Renaut, un concours de la meilleure fondue des Alpes, un championnat de pâté en croûte, des pâtissiers qui s’affrontent sur le mont-blanc et un marché de producteurs. Le village, vide depuis un mois, retrouve d’un coup ses terrasses.
Megève sans la neige n’est pas un Megève au rabais. C’est un village qui a enlevé ses décorations et qui se laisse regarder tel qu’il est.



Nathalie KRédactrice en cheffeReportage par © Nathalie K - Enjoyeuse, magazine féminin
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