La Revue — Avant tout le monde.
Par Nathalie K26 août 2026

La Sardaigne est souvent décrite à travers ses plages, une mer transparente, des criques blanches. L’Ogliastra, sur la côte centre-est de l’île, s’ajoute un arrière-pays montagneux, plus secret, où les villages s’accrochent aux reliefs du Supramonte et du Gennargentu.
C’est précisément cette rencontre entre montagne et Méditerranée qui donne au territoire son caractère. Ici, il est possible de commencer une journée face à une eau turquoise et de la poursuivre quelques kilomètres plus loin dans les chemins escarpés, les forêts de chênes.
L’Ogliastra est l’une des régions les plus sauvages de Sardaigne. Tortolì, principal centre de la côte orientale, sert de porte d’entrée vers une mosaïque de paysages. À Arbatax, les célèbres Rocce Rosse, ces grandes falaises de porphyre rouge qui plongent dans la mer, offrent l’un des paysages les plus reconnaissables de cette partie de l’île.
Mais le véritable intérêt de l’Ogliastra est ailleurs. Celui d’un contraste entre la beauté spectaculaire de la côte et la simplicité de la vie intérieure. C’est dans les villages de montagne que l’histoire de la zone bleue prend tout son sens.

L’expression « zone bleue » est aujourd’hui largement utilisée dans le monde du bien-être. Elle évoque immédiatement la longévité, les centenaires et une certaine idée d’une vie saine. En Sardaigne, pourtant, cette histoire ne relève pas d’un phénomène marketing récent.
Une étude publiée en 2004 a identifié une zone de longévité exceptionnelle dans la partie centre-est de l’île, particulièrement dans les territoires montagneux. Les chercheurs ont observé une concentration inhabituelle de personnes atteignant l’âge de cent ans, avec notamment une longévité particulièrement élevée.
Depuis, de nombreux travaux ont tenté de comprendre ce qui pouvait expliquer cette particularité. Les chercheurs évoquent une combinaison de facteurs environnementaux, génétiques, alimentaires, sociaux et comportementaux. Des études ont notamment mis en évidence le rôle de l’activité physique quotidienne, de la vie en extérieur, des habitudes alimentaires et de la satisfaction de vivre.
Autrement dit, les Sardes de cette région ne semblent pas avoir découvert une mystérieuse potion de jouvence. Ils ont surtout longtemps vécu dans un environnement qui favorisait naturellement certains comportements aujourd’hui considérés comme précieux : marcher, travailler dehors, cuisiner simplement, rester entouré et conserver une activité quotidienne.
La Sardaigne n’est pas une destination où l’on vient chercher la garantie de vivre cent ans. Elle est plutôt un endroit où l’on peut observer une autre relation au temps qui passe.
La Sardaigne n'est pas une destination où l'on vient chercher la garantie de vivre cent ans. Elle est plutôt un endroit où l'on peut observer une autre relation au temps qui passe.
Des villages comme Baunei, Urzulei, Talana ou Villagrande Strisailis offrent un visage radicalement différent de celui des stations balnéaires sardes. Les maisons sont plus sobres, les rues plus tranquilles, les paysages plus minéraux. La vie semble davantage organisée autour du village lui-même.
Installé à près de 500 mètres d’altitude, Baunei domine avec la montagne plongeant vers la mer. Derrière les maisons, le Supramonte offre un terrain de randonnée avec des itinéraires qui relient les hauteurs aux criques de la côte.
Dans les ruelles, les façades portent encore les traces d’une architecture traditionnelle. Les petites places deviennent des lieux de rencontre. Les églises rappellent l’importance du patrimoine religieux. Et autour du village, la montagne semble toujours proche.

« Non pas comment vivre jusqu’à cent ans, mais plutôt comment voulons-nous vivre les années qui nous sont données ? »
C’est peut-être la question que la Sardaigne laisse derrière elle.
Non pas comment vivre jusqu’à cent ans, mais plutôt comment voulons-nous vivre les années qui nous sont données ?
En effet, la longévité n’est pas seulement une question de quantité. Les recherches menées dans la zone bleue s’intéressent aussi à la satisfaction de vie, à l’autonomie, à la santé physique et aux relations sociales.
Nous avons appris à optimiser nos journées, notre alimentation, notre sommeil, notre travail, notre apparence, notre organisation. Nous avons appris à faire plus vite, à anticiper davantage et à considérer le temps libre comme quelque chose qu’il faudrait réussir à dégager.
L’Ogliastra raconte une histoire presque inverse. Elle suggère que le bien-être peut aussi naître d’une vie moins séparée en catégories. Marcher n’est pas nécessairement du sport. Cuisiner n’est pas seulement préparer un repas. Recevoir n’est pas uniquement une occasion particulière. Prendre soin des autres n’exclut pas de prendre soin de soi. Vieillir n’est pas forcément une rupture avec la vie active.


Nathalie KRédactrice en cheffeReportage par © Nathalie K - Enjoyeuse, magazine féminin
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