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Victoire Finaz, la chocologue qui a inventé son métier

Par Nathalie K28 septembre 2026

Victoire Finaz à son bureau, chemisier blanc, devant son ordinateur, format paysage
Crédit photo © Nathalie K
Elle a inventé son métier autour d’une passion d’enfance devenue une véritable expertise. Psychologue de formation, diplômée d’HEC, chocologue, auteure et fondatrice de l’École de Chocologie et du Goût, Victoire Finaz défend une idée simple : déguster n’est pas seulement manger, c’est apprendre à regarder, sentir, ressentir et finalement à mieux profiter.

Une histoire qui commence dans le chocolat

Chez les Finaz, le chocolat est une histoire de famille. Victoire grandit dans un univers où cette gourmandise n’est jamais très loin. Issue d’une famille de chocolatiers lyonnais, elle découvre très jeune les plaisirs de la pâtisserie et du chocolat, notamment auprès de sa grand-mère avec laquelle elle apprend à cuisiner dès l’enfance. Son père lui fait également découvrir les grandes maisons et les artisans, nourrissant une curiosité qui ne cessera de grandir. Elle sera même surnommée « Miss Chocolat ».

Pour autant, rien ne la destinait immédiatement à devenir chocologue. Son premier parcours est celui de la psychologie. En 2006, elle obtient un DESS à l’École des Psychologues Praticiens et choisit pour mémoire un sujet pour le moins inhabituel : l’expertise en chocolat, avec une recherche consacrée à la dégustation et à l’évaluation sensorielle.

C’est là que quelque chose se met en place. Plutôt que de considérer le chocolat uniquement comme un produit alimentaire, Victoire commence à s’intéresser à ce qui se passe lorsqu’on le déguste. Comment reconnaît-on un arôme ? Pourquoi certaines personnes perçoivent-elles des notes que d’autres ne remarquent pas ? Comment apprend-on à affiner son palais ? Qu’est-ce qui distingue un amateur d’un véritable expert ?

La gourmandise devient alors un objet d’étude. Et l’intuition qu’elle avait depuis l’enfance commence à prendre une autre dimension.

Apprendre à goûter

Victoire Finaz aurait pu se contenter de sa passion et de ses connaissances familiales. Elle choisit au contraire de se former encore.

Après la psychologie, elle poursuit avec un Mastère Spécialisé en Marketing à HEC Paris et découvre l’entreprise et l’agroalimentaire chez Kraft Foods, aujourd’hui Mondelez International. Mais son envie d’aller plus loin dans le chocolat reste intacte.

Elle se forme également en haute pâtisserie et chocolaterie à Ferrandi afin de comprendre les techniques de fabrication et le travail des artisans de l’intérieur, puis approfondit ses connaissances en analyse sensorielle au CIRAD, référence dans l’étude du cacao et des produits agricoles. Elle voyage dans les plantations, rencontre des producteurs, travaille auprès de grands chocolatiers et affine progressivement son vocabulaire comme son palais.

Inventer un métier qui n’existait pas

En 2009, Victoire Finaz donne un nom à ce qu’elle est en train de construire : chocologue.

Il désigne une expertise qui réunit la connaissance du cacao et du chocolat, l’analyse sensorielle, la dégustation, la création, la formation et le conseil. Une manière de considérer le chocolat comme un véritable univers culturel et gustatif, avec ses origines, ses terroirs, ses savoir-faire et son langage.

Créer ce métier revient aussi à créer sa propre place. À une époque où les parcours professionnels sont encore largement construits autour de métiers déjà identifiés, Victoire choisit une voie qui n’existe pas encore tout à fait. Elle ne cherche pas une case dans laquelle entrer. Elle construit la sienne.

Portrait de Victoire Finaz à son bureau, chemisier blanc, devant son ordinateur
Victoire Finaz à son bureau, là où une passion d'enfance est devenue un métier.Crédit photo © Nathalie K

Le goût comme un sixième sens

Pour Victoire, déguster ne consiste surtout pas à avaler un morceau de chocolat et à décider immédiatement s’il est bon ou mauvais.

Il faut commencer par observer sa couleur, sa brillance, sa texture. Puis écouter, sentir, laisser le chocolat entrer progressivement en bouche. Les arômes apparaissent, évoluent, disparaissent et parfois reviennent autrement. Cette attention transforme complètement l’expérience. Le chocolat n’est plus consommé machinalement. Il devient un objet que l’on découvre.

C’est cette dimension sensorielle qui est au cœur de son travail. Son approche vise à développer la sensibilité au goût et à donner des outils pour comprendre ce que l’on déguste plutôt que de simplement rechercher une sensation immédiate.

Dans une époque où les repas sont parfois pris rapidement, où l’on mange devant un écran et où les expériences sont souvent photographiées avant même d’être vécues, prendre quelques minutes pour véritablement goûter devient presque un acte de résistance.

Pas besoin pour autant de transformer chaque repas en cérémonie. Il suffit de prêter attention.

Carrés de chocolat noir, fèves de cacao et poudre de cacao vus de dessus
Regarder, sentir, laisser fondre : la dégustation commence bien avant la boucheCrédit photo © Freepik

Prendre quelques minutes pour véritablement goûter devient presque un acte de résistance.

Le plaisir de mieux choisir

Cette attention au goût modifie aussi notre manière de consommer.

Lorsqu’on apprend à reconnaître les différences entre plusieurs chocolats, on commence naturellement à s’interroger sur leur origine, leur fabrication, leurs ingrédients, leur qualité et le travail de ceux qui les produisent.

Le plaisir devient alors plus exigeant, mais pas nécessairement plus compliqué.

Il peut même devenir plus simple. Mieux vaut parfois un seul carré dégusté avec attention qu’une tablette entière mangée sans vraiment y penser.

Cette philosophie rejoint une idée qui traverse aujourd’hui le travail de Victoire. Redonner au chocolat sa dimension de produit d’exception et transmettre les clés permettant de mieux le comprendre. Son école propose notamment de découvrir le cacao depuis sa récolte jusqu’à sa transformation et sa dégustation, avec l’ambition de développer une véritable culture du goût.

Choisir devient alors une conséquence naturelle de la connaissance. Plus on sait, plus on goûte différemment.

Victoire Finaz souriante, un livre à la main, dans la rue
Victoire Finaz, souriante, un livre à la main : transmettre plutôt que garder pour soi.Crédit photo © Nathalie K

Transmettre plutôt que garder le savoir pour soi

Après avoir créé son métier et développé son expertise, Victoire aurait pu rester dans le conseil et les collaborations avec les maisons de chocolat.

Elle a choisi de transmettre. Ses ateliers de chocologie s’adressent aux particuliers comme aux professionnels et mêlent dégustation, pédagogie et analyse sensorielle. Elle a également publié plusieurs ouvrages consacrés au chocolat et à l’art de le déguster.

En 2024, elle crée l’École de Chocologie et du Goût, présentée comme la première école en France dédiée à l’expertise du chocolat et à l’art de la dégustation. Elle y transmet plus de quinze années de recherches et d’expérience, à travers des formations digitales et des masterclass.

Le parcours de Victoire Finaz raconte aussi quelque chose de l’entrepreneuriat féminin.

Elle n’a pas suivi une ligne droite. Elle a construit son chemin par étapes, en acceptant que les compétences acquises dans un domaine puissent nourrir le suivant. La psychologie lui a apporté un regard sur les mécanismes sensoriels et humains, le marketing une compréhension de l’entreprise, la formation technique une connaissance du produit et les rencontres avec les artisans une culture du savoir-faire.

Tout cela a fini par former un métier qui lui ressemble.

Couverture du livre Chocolat, l'art de la chocologie et de la dégustation, de Victoire Finaz
Chocolat, l'art de la chocologie et de la dégustation, 50 recettes irrésistibles (Mango, 2018), préfacé par Pierre HerméCrédit photo © Éditions Mango
Nathalie KNathalie KRédactrice en cheffeReportage par © Nathalie K - Enjoyeuse, magazine féminin

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